Dans le documentaire Come Back, Africa réalisé par Lionel Rogosin pendant l’apartheid, un métisse sud-africain explique qu’il vient de découvrir la religion idéale, « une foi universelle qui comprend toutes les religions », le bahaïsme. Né au XIXe siècle en Iran, le bahaïsme est l’une des plus jeunes religions du monde. Au Pakistan comme ailleurs, les bahaïs travaillent dans l’ombre, pour la paix. Ils se sont interdits toute action politique. Interview avec Ruhiyyeh Mofiti , membre de la petite communauté bahaïe de Lahore.
Qui sont les bahaïs de Lahore ?
Nous sommes environ soixante bahaïs à vivre à Lahore dont beaucoup d’enseignants, de docteurs et quelques écrivains. Nous nous réunissons régulièrement, notamment le 24 mars de chaque année pour fêter le nouvel an. C’est ce que nous appelons, comme les Iraniens, Norouz. Selon le calendrier bahaï, il y a 19 jours dans un mois et 19 mois dans une année. Chaque fin de mois, nous prions ensemble. Mais comme tous les bahaïs du monde, notre but est de construire une communauté universelle. Nous ne sommes donc pas repliés sur notre petit groupe.
Votre religion est un syncrétisme et vous n’attachez pas plus d’importance à la communauté des bahaïs qu’à celle des sunnites, des chiites, des chrétiens…
Nous ne faisons pas de différence entre les bahaïs et les adeptes d’autres religions. Pour nous, les hommes vivront en paix lorsqu’ils partageront les mêmes croyances. Alors oui, nous sommes des constructeurs de société et notre but est de fonder une communauté universelle. La religion bahaïe peut être décentralisée très facilement et à Lahore, parce que nous n’avons pas de temple, nous organisons les prières et l’étude des textes sacrés dans nos maisons. Des non-bahaïs sont souvent présents lors de ces réunions. Il y a des temples bahaïs à New Delhi, à Chicago ou encore à Sydney mais à Lahore ce sont nos maisons qui sont nos temples.
Qui dans votre famille s’est le premier converti au bahaïsme ?
Mes parents étaient des Iraniens. Mon père est parti vivre à Bombay alors qu’il était tout jeune homme. A cette époque, les Iraniens ne rêvaient pas du tout d’immigrer en Amérique : ils voulaient tous s’installer dans le sous-continent indien ! Mon grand-père était un chiite fanatique. Mon père à lui découvert le bahaïsme à Bombay et a décidé de se convertir. Puis il a épousé ma mère qui était née dans une famille de bahaïs.
Vous êtes une fille d’Iraniens. Comment réagissez-vous face à la persécution des bahaïs d’Iran ?
Beaucoup d’entre nous ont toujours de la famille en Iran et nous pouvons facilement obtenir un visa pour voyager dans ce pays. Nous savons donc que la situation n’est pas facile pour les bahaïs iraniens. Mais les bahaïs de tous les pays travaillent pour la paix. Ils pensent que la meilleure façon d’atteindre cette paix est de respecter les lois du pays dans lequel ils vivent. Malgré l’oppression des bahaïs d’Iran, aucun d’entre eux n’a jamais fait preuve de violence à l’égard du gouvernement. Evidemment, les bahaïs iraniens veulent que leurs droits fondamentaux soient respectés. Ils en ont fait la demande auprès de L’ Organisation des Nations Unies (ONU) et ils ont eu raison de le faire. Mais à cette exception près, les bahaïs ne se lèvent jamais contre les lois de leur pays. Cela ne veut pas dire que nous ne nous impliquons pas dans l’évolution de notre société. Nos croyances nous empêchent de nous investir dans la vie politique mais nous avons en revanche le droit de voter lors d’élections.
Depuis 2004, les bahaïs de Lahore sont à la recherche d’un nouveau cimetière car la communauté grandit…
Une communauté bahaïe n’accepte pas les aides et les financements qui ne sont pas le fait d’une autre communauté bahaïe. Il y a une seule chose que nous avons le droit d’obtenir de notre gouvernement : une terre pour enterrer nos morts. Le cimetière que nous possédons déjà à Lahore sera bientôt trop petit. Nous en avons donc demandé un nouveau. On ne nous dit pas non mais on nous demande de trouver l’endroit nous-mêmes et cela complique les choses. Nous avons beaucoup de règles à respecter. La terre doit par exemple être idéalement située puisque les bahaïs vivent toujours à moins d’une heure de leur cimetière (un bahaï est enterré juste après sa mort). Et puis, nous refusons d’avoir un cimetière en mauvais état. Nous n’utilisons d’ailleurs pas le mot « cimetière », nous parlons de «gulistan», ce qui signifie « le pays des fleurs ». La sérénité du lieu où nous enterrons nos proches est essentielle. Ce lieu doit être fleuri, il doit accueillir une fontaine et toutes ces choses qui nous rendent moins tristes lorsque nous visitons nos morts.
Certains Pakistanais accusent les bahaïs d’être des alliés des Israéliens parce que le centre du bahaïsme se trouve à Haïfa, au nord de l’Etat hébreux. Le gouvernement pakistanais interdit aux bahaïs de voyager en Israël. Qu’en pensez-vous ?
Je pense que c’est très triste parce que Haïfa est le lieu le plus important au monde pour un bahaï. Mais Israël est un pays précieux pour la plupart des religions et pas seulement pour nous. D’une certaine manière, nous ne sommes pas les seuls à être privés de se voyage : nous hésitons donc à nous plaindre. Pour montrer que nous ne sommes les alliés de personne, nous utilisons le terme de « pays sacré » pour parler d’Israël. Et même pour cette question essentielle, nous ne nous mettons pas en porte à faux avec le gouvernement. Car nous savons que notre but peut être atteint en faisant preuve de patience. Surtout, nous essayons de montrer que nous ne sommes pas du côté des ennemis du gouvernement. Je pense que se battre aujourd’hui contre l’interdiction de voyager en Israël entraînerait beaucoup d’incompréhension de la part du gouvernement et des Pakistanais non-bahaïs. Quand la société sera plus ouverte, alors nous nous pencherons à nouveau sur ce problème.
Avez-vous l’impression que le gouvernement est à l’écoute de votre communauté ?
Au Pakistan, notre communauté a toujours eu de très bonnes relations avec les différents gouvernements au pouvoir comme avec le reste de la population, surtout dans les grandes villes. Le 24 avril, qui marque la manifestation de Bahá’u'lláh comme prophète de la religion bahaïe, a été accepté comme un jour férié optionnel. Les bahaïs font également partie d’une minorité religieuse officiellement reconnue par le Pakistan.
Et vous sentez-vous pleinement appartenir à « une minorité religieuse pakistanaise » ?
Personnellement, non. Mais j’ai rencontré de nombreuses personnes- des chrétiens notamment -qui se sentaient minoritaires au Pakistan. Ceux-là désirent avoir une place au Parlement et plus de visibilité dans le monde politique en général. Ils se sentent effectivement discriminés. Mais puisque les bahaïs ne prennent pas part aux affaires politiques de leur pays ils ont forcément moins l’impression d’être privés de leurs droits que les autres. Je n’ai jamais eu le sentiment d’être une citoyenne de seconde zone dans ce pays. D’une certaine manière, nous sommes même chanceux. Les ambassades nous délivrent par exemple des visas très facilement, ce qui n’est pas du tout le cas pour les Pakistanais musulmans.
Votre communauté ne s’est-elle jamais sentie en danger depuis que le Pakistan s’est radicalisé ?
On nous appelle « minorité ». A partir du moment où on est une minorité religieuse au Pakistan, on est en quelque sorte séparé du reste de la société et donc moins facilement attaquable. Bien que notre religion soit une forme de syncrétisme, nous ne touchons pas à l’islam. Une minorité pakistanaise prend plus de risques lorsqu’elle se revendique comme une branche de l’islam. C’est le cas pour les ahmadis par exemple. Effectivement, il y a des minorités qui ne se veulent pas musulmanes- les chrétiens par exemple- et qui sont elles aussi en danger. Mais si les chrétiens pakistanais sont parfois persécutés ce n’est pas pour des raisons religieuses mais plutôt pour des questions politiques, non pas parce qu’ils sont chrétiens mais parce qu’ils sont perçus à tord comme des alliés de l’Amérique. Il s’agit de montrer qui a le pouvoir et qui ne l’a pas.
Les bahaïs sont de plus en plus nombreux dans le monde…
Nous n’appelons pas à la conversion mais si des Pakistanais veulent étudier le bahaïsme, ils en ont le droit. Des musulmans, des chrétiens, des hindous viennent régulièrement assister à nos réunions ou à nos prières. Ils montrent de l’intérêt tout en gardant leur propre religion. Pour nous, le monde ne se définit pas comme une compétition mais comme une coopération. Certains Pakistanais se convertissent définitivement à la religion bahaïe. Mais nous considérons que la base de toutes les religions est la même. Ceux qui se convertissent n’ont donc pas à rejeter cette base qui fait partie de leur ancienne religion.
Parlez-nous des conversions plus en particulier…
Des Pakistanais de toutes les religions se sont convertis au bahaïsme. Mais nous n’avons pas de politique de conversion de même que nous refusons d’être obsédés par la sauvegarde de notre religion. Nos enfants sont libres d’épouser des non-bahaïs. Leurs conjoints n’ont pas besoin de changer de religion du moment que la mixité religieuse au sein du couple n’empêche pas de vivre en harmonie. Nous faisons simplement attention à ce qu’il n’y ait pas mariage d’un bahaï avec un membre fanatique d’une autre religion. Les enfants d’un couple mixte ont également le droit de choisir leur propre religion.
Les bahaïs estiment que les hommes vivront en paix lorsqu’il n’y aura plus qu’une seule religion universelle. Pensez-vous que cela soit possible en République islamique du Pakistan ?
Oui, nous le pensons sincèrement. Mais l’idée n’est pas d’imposer une seule et unique religion. Il s’agit plutôt d’atteindre une harmonie religieuse dans le monde. Pour y arriver, les leaders religieux devront gommer les différences entre les croyances. Au Pakistan, il y a déjà de nombreux événements qui impliquent les membres de toutes les communautés religieuses. Les bahaïs croient en la décentralisation de la religion. C’est pour cela qu’ils vivent dans le monde entier ; dispersés dans les grandes villes. Dans un pays comme le Pakistan, nous devons faire face au fanatisme. En Occident, le matérialisme fait également des ravages. Nous luttons contre ces deux réalités car elles sont des freins à la coopération et à l’entraide entre les peuples. Nous pensons que la religion n’est là que pour unir. Si elle devient une cause de violence, alors il vaut mieux ne pas avoir de religion du tout…
Photographie: les jardins bahaïs de Haïfa




S’ils avaient le pouvoir, les baha’is se comporteraient comme toutes les autres religions et essayeraient d’imposer leurs vues., peut-être en usant de la violence. C’est un peu ce qu’ils font déjà en voulant que l’humanité s’engage dans “une seule religion universelle”.
Les Bahaïs sont assez nombreux en France, ils ont même un site: http://www.bahai.fr/
elles ne vous semble pas un peu simplette cette religion?!